terre-vue-d-anouck

Des mots couchés sur pixel

Mardi 10 août 2010 à 22:38

Chapitre 7 : Verset 7

Son rire s'arrêtant enfin de résonner dans les couloirs vides formés par les bibliothèques alignées, la fée s'approcha du livre et en saisit la couverture. Cependant elle stoppa bien vite son étreinte car la brûlure qu'elle avait déjà sentie reprit de plus belle. Soufflant sur ses doigts encore douloureux, elle regarda anxieusement la couverture. Comment pouvait-elle bien ouvrir le livre si elle ne pouvait même pas en approcher ses mains ? Elle essaya de saisir d’autres parties de la couverture mais de nouveau le livre fut, au toucher, semblable à de la lave en fusion. Après avoir fait le tour de l’ouvrage ainsi, si bien que la pulpe de ses doigts était devenue rouge et semblait prête à saigner, elle s’assit et se mit à réfléchir. Toutes les épreuves que la fée avait passées depuis qu’elle était entrée dans l’enceinte du domaine semblaient être liées. A chaque fois elle avait dû montrer ses qualités pour se sortir des situations étranges et dangereuses imprégnées dans ce lieu. La fillette avait utilisé aussi bien la force que la délicatesse puis avait fait preuve de détermination, de persévérance, de mémoire, d’impétuosité et de réflexion. Il y avait bien une qualité et non la moindre qu’elle n’avait pas réellement montré : le courage et l’abandon de soi. Alors qu’elle réfléchissait encore au moyen d’ouvrir l’étrange ouvrage, elle se leva d’un bond et comme frappée par la folie, saisit à pleine main la couverture épaisse et agita frénétiquement ses ailes pour séparer le revêtement en cuir des douces pages qu’il pressait. La douleur dans ses mains déjà meurtries par ses vaines tentatives de découvrir une partie praticable de l’ouvrage, se fit violente, aigue, comme une lame qui transperçait sa peau. En regardant ses mains, elle vit son épiderme se noircir et s’assécher. Le cuir si lourd se soulevait millimètre par millimètre, laissant entrevoir peu à peu une écriture douce et liée tracée par une plume. Des larmes coulaient des yeux de la créature, luttant dans un combat sans merci, sachant ce qu’elle sacrifiait à la cause qu’elle avait décidé d’embrasser. De sa bouche entrouverte ne s’échappait aucun cri mais l’horreur et la souffrance se lisait sur son visage alors que ses doigts s’effritaient sous la chaleur de la lave et que leurs cendres tombaient sur les pages d’une blancheur immaculée.  Dans un dernier battement d’ailes, alors que ses phalanges disparaissaient dans un nuage noir, la lourde couverture arriva en équilibre, droite, penchant légèrement vers l’intérieur. La fée ne la tenait plus, elle ne pouvait plus la tenir car de ses mains il ne restait que des cendres, maintenant éparpillées sur les lettres de la première page. Désespérée elle regarda la couverture pencher lentement sans pouvoir la retenir. Et soudain hurlant de douleur, elle chargea. Fonçant vers l’avant, les moignons de ses membres tendus vers l’avant, ouvrant enfin le livre sacré.
Elle ne ressentit aucune joie. La douleur du choc l’avait terrassée et elle était étendue sur la pierre froide, évanouie.

Dans son sommeil sans rêve elle ressentit une douce fraicheur sur ses bras et quand elle ouvrit enfin les yeux, la fée leva ses bras devant elle et aperçut ses deux mains, entières, roses et douces. Son sourire s’élargit, elle les agita, testa sa poigne, toucha l’une puis l’autre, les caressant, passant chaque millimètre sous l’observation de ses grands yeux. La créature ailée se releva mais ses jambes la lâchèrent. Trop d’émotion, trop de fatigue. Elle commença à ressentir une forte douleur aux bras et alors que tous ses muscles semblaient lâcher prise, sa tête heurta le sol.
La fée ouvrit les yeux et leva ses bras devant elle pour ne voir que des moignons putrides et noirs. Elle referma puis rouvrit ses paupières mais ils étaient toujours là. Des larmes coulèrent sur ses joues. Ce n’était qu’un rêve… un magnifique et doux rêve mais uniquement une fantaisie de son esprit fatigué et troublé. Elle referma les yeux épuisée, tombant dans un sommeil si profond que la douleur ne pouvait plus l’atteindre.
Plusieurs heures plus tard, elle émergea enfin, courbaturée, attristée mais consciente que sa tâche n’était pas terminée. Elle se releva en grimaçant de douleur et se dirigea lentement vers le livre, d’une démarche mal assurée mais déterminée. Sur la première page était inscrit ceci : « Livre sacré – Par les sages du temple du Temps ». Elle prit la page avec ses dents et s’envola lentement pour la tourner. « Je n’ai plus qu’à trouver le verset 7 » se dit-elle, « Mais… au fait, un verset c’est dans un chapitre et il n’y avait pas de numéro de chapitre sur la lettre. Ça risque de prendre encore beaucoup de temps ». La page retomba en douceur contre la couverture. Une courte préface s’étalait devant ses yeux.

« A ceux qui liront ces mots. Ce livre n’est composé que d’un chapitre mais regroupe tout le savoir des sages sur l’avenir et sur le passé. Futur héros, faites votre chemin jusqu’aux portes du savoir… tournez les pages. ». La fée poursuivit donc sa recherche et après plusieurs dizaines de minutes arriva enfin au verset 7. Et sur le doux papier, des mots notés à la plume s’alignaient.
« Lorsque l’apocalypse aura tout détruit, et nous savons que cela arrivera, il n’y aura qu’un moyen de sauver ce monde mais plusieurs choix tout au long du chemin salvateur. Mais avant de poursuivre il faut que vous sachiez la vérité sur les tristes évènements qui ne se sont pas encore produits au jour où j’écris ses lettres noires mais qui seront inévitables.
Alors que le mal grandissait, mené par un sorcier puissant et avide, Ganondorf, le peuple demanda un héros et les déesses dans leur grande bonté en envoyèrent deux. Il s’agissait alors de deux enfants nommés Link et Zelda. A chacun fut donné un pouvoir de la Triforce : la sagesse pour la douce Princesse Zelda et le courage pour Link. Leurs destins furent scellés en une rencontre et le combat commença alors car Ganondorf avait vu le pouvoir et la destinée qui sommeillaient en eux et avait décidé de ne pas attendre leur réveil. De nombreux combats furent menés, une guerre sans merci éclata et le sorcier maléfique fut détruit à jamais dans un futur qui rejaillit sur le passé. Cependant la folie des hommes est sans nom et le coup d’état de Ganondorf bien qu’annihilé donna naissance à un nouveau peuple. Une guilde de sorciers noirs ayant pour seul but de détruire, pour seule croyance la guerre, pour seule joie donner la mort. Ils eurent la bonne idée de demeurer dans l’ombre et malgré le fait qu’aujourd’hui déjà nous connaissons leur existence, nous ne pouvons rien contre eux car nous sommes bien les seuls à croire au danger qu’ils incarnent alors que beaucoup doutent même de leur présence. La disparition de Ganondorf a marqué le début de leur règne, car un peuple victorieux en devient plus sûr de soi et moins prudent. Nous avons pourtant essayé de faire entendre raison au roi et la Princesse est trop jeune pour que sa parole soit assez puissante. C’est pourquoi ce verset existe, pour comprendre, pour connaître l’ennemi et savoir le vaincre.
Lorsque l’apogée des mages noirs fut atteinte, nous plongeâmes plusieurs héros dans un sommeil de pierre, dans la vallée des héros, au fin fond du désert. La princesse Zelda ainsi que Link ne firent pas partie de ceux-là mais leurs descendants dans le cœur des déesses furent trouvés et ainsi conservés loin de la puissance destructrice de la guilde. Nous allons mourir alors nous confions la clé de la vallée à une personne de confiance. En appuyant votre doigt sur le cercle de fer au dos de ce livre, héros, vous obtiendrez le seul guide possible pour atteindre la vallée des héros. Sans lui, vous ne trouverez jamais la voie et périrez. Utilisez-le et une fois sur place, libérez les héros dans cet ordre qu’il est très important de retenir. Tout d’abord la sagesse, puis le courage et enfin la force.
Soyez prudent. Que Nairu, Farore et Din guident vos pas et votre cœur. ».


A peine la fée eut-elle lu les dernières phrases que le livre eut un soubresaut et se referma en déroulant toutes ses pages qu’elle vit blanches, immaculées. Au dos du livre, le cercle de fer était sous ses yeux, orné d’étranges motifs. Elle s’approcha et posa un de ses moignons dessus. Rien ne se passa. Le livre avait bien parlé de doigt mais elle ne voyait pas comment faire. Alors qu’elle désespérait de pouvoir réussir la quête qui lui incombait sans possibilité de se servir de ses mains, la lame brilla à sa ceinture. Les fées ont des orteils faits comme nos mains, c'est-à-dire que le gros orteil est préhensile comme le pouce, aussi put-elle extraire sa lame de son fourreau à l’aide de son pied droit car elle était gauchère. Elle amena la dague contre son bras gauche et un froid intense lui prit tout le membre, elle ferma les yeux en respirant fort pour essayer de se calmer alors que l’engourdissement devenait de plus en plus intense. Finalement elle ouvrit les paupières et vit que la dague était maintenant dans la continuité de son bras, son pommeau avait entouré son moignon qui n’était désormais plus visible. La créature fit quelques mouvements de parade et d’attaque puis réitéra son essai en collant la pointe de son arme sur le cercle de fer. Ce dernier s’illumina brièvement et s’éleva en grossissant autour de la lame. Il continua de monter ainsi jusqu’à atteindre le pommeau sur lequel il se referma. Il ressemblait fortement à un simple bracelet de fer hormis qu’il vibrait doucement. La fillette l’observa, se demandant comment s’en servir. Soudain le plafond s’ouvrit en cercle au-dessus d’elle et elle fut aspirée à l’extérieur.

Mardi 10 août 2010 à 22:37

Chapitre 6 : Enigmes et bibliothèque

Passant l’arche, la fée leva les yeux et put lire ces quelques mots inscrits dans la pierre de la voûte : « Rien n’est impossible ». Elle sourit, se disant que c’était bien le type de paroles qu’elle avait besoin d’entendre alors que la recherche d’un livre dont elle ne connaissait pas même le nom lui tendait les bras. Elle avança donc et se retrouva ébahie devant la grande bibliothèque. Elle s’attendait à voir quelque chose de majestueux et d’une grande ampleur mais devant elle, une seule et unique armoire était placée contre un mur sur sa gauche. La pièce était toute petite et bien qu’elle se tourna de tous les côtés, aucune autre ouverture n’était visible. Elle battit des ailes pour s’approcher de l’armoire et essaya de regarder par la vitre. Cependant la poussière s’était accumulée si bien pendant toutes ses années qu’il était impossible, même en frottant de ne serait-ce qu’entrevoir ce qui se trouvait à l’intérieur. Elle agrippa donc la poignée en or fin du meuble et la tira de toutes ses forces. Dans un grincement d’outre-tombe, la porte s’ouvrit et un nuage de poussière s’échappa des tréfonds de l’armoire. Fermant les yeux et toussant, la fée s’écarta pour reprendre son souffle. Elle s’approcha de nouveau mais une quinte de toux la reprit et elle eut vite fait de s’éloigner. Se doutant bien que la poussière recouvrait toutes les étagères, elle agrippa le bord de la porte ouverte et se mit à battre frénétiquement des ailes. Grâce à son arrimage elle ne se déplaçait pas et pouvait ainsi envoyer voler toute la poussière du meuble. Elle continua jusqu’à ce que la fatigue la reprenne et osa regarder le contenu de l’armoire. Sur l’étagère du haut tout d’abord, il n’y avait rien. La suivante, rien non plus et enfin sur la dernière… Un livre était posé, un ancien ouvrage dont la couverture était noire. Elle atterrit près de la reliure et essaya de lire le titre. « P--r ce-- q-- -nt » déchiffra-t-elle au début mais les moisissures qui rongeaient le livre ne permettaient pas de voir quoi que ce soit d’autre. Elle évalua donc le poids de la couverture et agrippant son bord, essaya de s’envoler pour l’ouvrir malgré les heures de vol qu’elle avait dans les ailes. A sa grande surprise, le premier à-coup qu’elle fit ouvrit entièrement le livre. Sur la première page, en grandes lettres manuscrites noires était écrit : « Pour ceux qui ont le cœur pur ». Elle pensa que c’était un bien étrange titre. Alors qu’elle réfléchissait assise contre le livre, se demandant s’il s’agissait du livre qu’elle cherchait et d’un autre côté ne voyant pas d’autres livres, elle ne se rendit pas compte que derrière elle, les pages se pliaient lentement, les unes après les autres et qu’une lueur commençait à provenir de la couverture. Lorsque la lueur devint lumière, la fée se retourna brutalement. La quatrième de couverture flamboyait maintenant d’un éclat tel qu’entre chaque pierre mal scellée de la tour du savoir on pouvait la voir. Stupéfaite, la créature ailée se rendit alors compte que les pages s’étaient pliées et formaient un escalier dont chaque marche avait sa propre phrase.
« Toi qui a le cœur pur,
Toi dont les desseins sont empreints de gentillesse,
Toi qui a su trouver ces murs,
Toi dont le destin changera celui de cette forteresse,

Toi qui a trouvé un chemin,
Toi qui a si souvent bravé les dangers,
Souviens-toi des phrases en mon sein
Afin de trouver le livre sacré »

La fée relut les phrases plusieurs fois jusqu’à les retenir par cœur, puis ne sachant plus à quoi s’attendre, descendit les marches de papier et entra dans la lumière.

Elle sentit une étrange sensation, comme si chaque membre de son corps se détachait et enfin ils revinrent tous pour se réassembler et elle reçut un choc à la tête. Lorsqu’elle ouvrit les yeux, elle ressentit d’abord une forte douleur au crâne, puis se relevant lentement elle put enfin voir qu’elle se trouvait dans une bibliothèque. Un endroit immense et majestueux comme elle se l’était imaginé. Des dizaines voire des centaines de bibliothèques étaient rangées, formant un labyrinthe de livres et s’enfonçaient dans la pièce si loin qu’elle n’en voyait pas le bout. Une peinture phosphorescente avait été appliquée sur les étagères, si bien que tout l’espace était emplit d’une douce lueur verte. Finalement elle aurait préféré n’avoir qu’une pièce petite et d’un aspect rustique plutôt que cet immense édifice. Résignée, elle se mit donc à errer sans but précis entre les allées, cherchant un quelconque indice et se répétant sans cesse les phrases du livre en essayant de leur découvrir un sens caché. Enfin, à bout de force elle retourna à l’entrée et chercha un moyen de repartir. Elle avait beau vouloir à tout prix comprendre ce qu’il s’était passé et faire de son mieux pour aider, elle avait l’impression que quelque chose lui échappait. Elle se disait qu’elle trouverait peut-être d’autres indications dans le reste du palais. Cependant après de longues minutes de recherche, elle dut se résigner. Il n’y avait aucun moyen de partir. Elle allait rester bloquer dans cette salle. Elle se mit à avoir des pensées négatives.
« Et si je restais à jamais coincée ici ? Je passerai l’éternité qu’est ma vie à chercher dans tous les livres de cette immense bibliothèque jusqu’à mourir d’épuisement et de tristesse ? Non c’est impossible ! »
Elle était assise la tête dans les mains, perchée sur une étagère, les jambes pendant dans le vide.
« C’est impossible… » répétait-elle sans cesse. Et ce fut le déclic.
« Mais non rien n’est impossible ! Rien n’est impossible pour ceux qui ont le cœur pur ! » s’écria-t-elle, comprenant enfin le sens des messages.
Elle s’éleva alors dans les airs, ferma les yeux et concentra toutes ses pensées sur sa quête et sur la mission à laquelle elle avait autrefois participé, qui l’avait séparée des siens comme le veut la tradition afin qu’elle aide au mieux une personne au cœur pur. Une chaleur l’emplit alors et elle se sentit comme propulsée par une force alors qu’elle restait sur place. Elle ouvrit les yeux et devant elle, son visage lui souriait. Elle sursauta et un rire retentit. Devant elle, une fée translucide, entièrement blanche la regardait en rigolant d’un rire très doux qui se répercutait dans toute l’immensité vide de la salle, on aurait dit sa jumelle. Elle virevolta quelques instants devant la créature époustouflée puis, dans un rire, se mit à aller de bibliothèque en bibliothèque, les touchant du bout des doigts et faisant ainsi apparaître des chiffres lumineux sur chacun des meubles. La fée la suivit sans comprendre, lui demandant sans cesse des explications mais l’étrange être ne s’arrêta pas et alla bientôt si vite qu’elle ne put le suivre. Elle retourna alors à l’entrée et observa les chiffres. Un deux, un un, un six et un quatre étaient sur la première rangée. Que pouvaient-ils bien représenter ? Etait-ce une sorte de code ?
Elle chercha pendant un long moment leur signification avant de réfléchir plus largement.
« Chaque fois pour avancer dans ce lieu, j’ai dû utiliser un indice qui m’était donné dans la tour. Je vais donc repasser en revue ces indices. Il y avait tout d’abord le titre et la voûte qui formait une phrase et ensuite les messages inscrits sur les marches… Peut-être dois-je les utiliser pour décrypter cette énigme… » pensa-t-elle avant de se répéter sans cesse les phrases écrites sur les marches et de chercher un rapport avec les chiffres.

NDA : essayez donc, chers lecteurs de chercher par vous-même avant de lire la suite…

Soudain, la solution vint d’elle-même, elle prit alors l’allée du chiffre deux, puis dans l’allée suivante encore le chiffre deux, suivi du un puis le six et enfin le deux. Elle avait en effet compris que les « de » de la phrase étaient en fait des « deux » et ainsi de suite. Elle arriva donc à un meuble rempli de livres. Elle était heureuse car elle avait presque atteint son but, le livre était forcément parmi ceux-là. Elle commença à lire les titres : « Essentiel d’histoire Vol. 1 », « Essentiel d’histoire Vol.2 », « Le grand guide du voyageur », « Des bienfaits du lait », « La vie quotidienne de la tribu Gerudo : à partir des notes du professeur Fantrache, mort sur le terrain », « Généalogie de la famille royale d’Hyrule »…
La fée était assez indécise notamment après avoir vu le titre de l’ouvrage posthume. Elle continua ainsi sa lecture et commença à décaler les livres dont le titre commençait par « le livre de » comme indiqué sur la lettre du soldat. Elle finit donc par avoir « Le livre de cuisine : réussissez vos plats pour un dîner digne de la table royale », « Le livre des contes et légendes d’autrefois», « Le livre du héros en herbe », « Le livre maléfique » et « Le livre sacré ». Elle sourit et tira « Le livre sacré » vers elle, se disant que ça ne pouvait pas être si simple. Alors que le livre tombait de l’étagère, un grognement rauque en sortit, la faisant sursauter. Elle s’en approcha doucement, il ne s’était pas ouvert en tombant mais la couverture avait un aspect peu reluisant. Elle attrapa cette dernière pour ouvrir l’ouvrage mais elle fut immédiatement brûlée. Elle vérifia la tranche du livre et relut le titre. Elle s’était trompée… Dans sa hâte, elle avait sorti le livre d’à côté : « Le livre maléfique ». Elle s’envola donc à nouveau et fit chuter le bon livre. C’était un ouvrage magnifique, argenté et brillant d’une douce lumière. Les deux ouvrages avaient une action répulsive l’un sur l’autre. Sur leur couverture respective, le titre était écrit dans une langue qui lui était inconnue, seule la tranche était lisible. Elle ouvrit le livre sacré et vit que ses pages étaient belles, fines et douces… si douces. Après la fatigue de la journée, la douceur du papier l’apaisa si bien qu’elle commença à s’assoupir, allongée sur les caractères encrés. Alors que ses yeux se fermaient, elle sentit une étrange fraicheur contre sa cuisse qui la refroidissait de plus en plus. Finalement elle avait tellement froid qu’elle ouvrit en grand ses yeux auparavant presque fermés. Sa lame brillait d’une étrange lueur et était devenue glaciale. Elle la tira de son fourreau et la regarda mais un bruit la fit se retourner. De la reliure interne du livre était sortie une langue énorme et gluante, d’un noir profond. Des nerfs rouges étaient visibles au travers de la matière translucide la recouvrant. D’un battement d’ailes, la fillette s’envola juste au moment ou la langue s’abattait sur l’endroit où elle s’était assoupie. Mais elle n’allait pas en rester là et rapidement, telle la langue d’un crapaud, elle s’étira pour essayer d’attraper sa proie. La fée enchaînait des virages rapides et secs pour échapper aux attaques ardentes de la créature. « Je ne vais pas tenir longtemps à fuir de la sorte » se dit-elle. Elle fonça alors vers le plafond, suivie de près par la langue et au moment où elle allait l’atteindre, elle bifurqua. Son attaquante n’eut pas le temps de changer de direction et se retrouva collée au plafond. Elle essayait de se décrocher désespérément et peu à peu la pierre s’effritait sous ses assauts répétés. La fée, lame au poing, l’attaqua alors de plein fouet et la découpa. Un cri suraigu sortit du livre qui s’enflamma alors que sa protubérance linguale se tordait dans tous les sens avant d’être prise à son tour par le feu dévorant. Encore tremblante de terreur et du surplus d’adrénaline, la petite fée redescendit auprès du livre monstrueux. Elle retourna à sa tranche et gratta avec son ongle. Un papier avait été collé sur le bord et en dessous était écrit « Livre maléfique ». « Non sans blague ! » s’écria la fée furibarde. « Quelle idée de changer les noms des livres comme ça ! Si je tenais la personne qui…  Non c’est de ma faute, j’aurais dû être plus prudente, je suis dans un monde hostile désormais. J’aurais dû voir que ça ne pouvait pas être aussi simple. » Elle se mit à rire en regardant le livre, soulagée de l’avoir enfin trouvé.

Mardi 10 août 2010 à 22:35

Chapitre 5 : La tour du savoir

Après quelques mouvements d’ailes, la fée atteignit enfin les lourdes portes du donjon qui étaient closes. Elle avisait une fenêtre au-dessus d’elle lorsque dans un grincement d’outre-tombe, les gonds se murent et les deux pans s’éloignèrent lentement l’un de l’autre pour laisser une petite ouverture suffisante pour lui permettre d’entrer. Un peu angoissée par tous les évènements étranges qui la touchaient en si peu de temps, elle s’avança tremblante dans l’obscurité du lieu et arriva dans un hall immense. En son centre était étalé un long tapis rouge bordé de fils d’or qui montait vers des escaliers de marbre majestueux. Ces derniers s’enroulaient de part et d’autre d’une porte en fer au niveau du premier palier pour atteindre d’autres étages. De chaque côté du hall, de grandes portes menaient aux cuisines ou à des grandes salles créées pour recevoir des invités de marque. La pièce en haut de l’escalier était la salle du trône mais sa porte était close. Des chandeliers éteints étaient placés à intervalle régulier le long des rampes de l’escalier et un lustre de cristal accroché au sommet de la pièce vibrait doucement bercé par le vent et émettait un son de carillon. La fée était stupéfaite devant tant de luxe et de beauté. La place avait gardé beaucoup de majesté malgré les nombreuses années qui avaient écoulé leur douce mais irrémédiable emprise sur ces lieux. Avançant doucement, craignant de troubler la tranquillité du lieu et souffrant du silence oppressant qui l’entourait, tout juste troublé par le doux son du lustre, elle appela :
« Y’a quelqu’un ? » sans espoir de réponse.
Alors que l’écho de ses mots s’éteignait dans les profondeurs du palais, un vent glacial venant de la porte restée ouverte souffla la faible fillette vers l’escalier et la propulsa au bas de la première marche. Se redressant difficilement, elle frotta sa tête endolorie. Un bruit sourd retentit et elle ne put que constater que la porte d'entrée venait de se fermer brutalement.
« Au moins il n’y aura plus de vent violent » pensa-t-elle en essayant de se rassurer, son corps encore frissonnant du froid qui l’avait entourée. Un escalier immense s’étendait au-dessus du tapis de velours rouge. « Heureusement que j’ai des ailes, sinon je n’arriverais jamais à monter là-haut ! » se dit-elle en écarquillant les yeux. La fée décida tout de même de monter la première marche sans les utiliser. Elle agrippa son bord et après un petit effort, réussit à se hisser à son sommet. La marche suivante était légèrement plus élevée puisqu’il lui fallait sauter pour l’atteindre et cela attira son attention. « Je pense que j’ai suffisamment utilisé mes bras pour aujourd’hui » se dit-elle et dépliant ses ailes, elle s’apprêta à s’envoler. Une douleur lui fit alors courber le dos et en se retournant elle vit que ses ailes étaient recouvertes d’une mince couche de givre. Il fallait trouver une source de chaleur pour les réchauffer, sinon aucun vol ne lui serait permis peut-être même de manière permanente. La fée affaiblie fit un tour du hall mais les portes étaient toutes bien closes. Alors résignée elle commença à grimper le long escalier, en espérant trouver une aide au premier étage.

Les premières marches furent plutôt aisées à monter mais bien vite un obstacle de taille obstrua son ascension. Même en sautant le plus haut qu’il lui était possible, la dixième marche de l’escalier lui était inaccessible. Elle s’assit un instant là et se mit à réfléchir. « Ce qu’il me faudrait c’est quelque chose sur lequel monter » se dit-elle, mais elle eut beau scruter de toute part les recoins du hall depuis son perchoir, rien ne semblait pouvoir l’aider. Tout en réfléchissant la fée regarda ses mains et vit que ses ongles étaient très sales. Elle n’était pas très coquette mais tout de même ! En fait si, la coquetterie était un de ses plus gros défauts mais elle ne voulait pas se l’avouer. Elle sortit donc la dague de son fourreau et se mit à enlever la saleté qui s’était accumulée sous ses ongles. Mais soudain une idée la traversa, arrêtant net son ouvrage. Son regard passa de l'arme à la marche et de nouveau à la lame. Elle se précipita alors en avant et planta la lame dans le bois de l’escalier. Posant son pied dessus, son système astucieux lui permit de se hisser à la marche suivante. La fillette se pencha ensuite et essaya de récupérer son arme… mais avait le bras trop court pour cela. Elle redescendit donc et planta la lame plus haut pour pouvoir la récupérer et ça fonctionna ! Heureuse d’avoir trouvé une solution, son ascension se poursuivit avec un entrain renouvelé. La porte de la salle du trône se faisait plus grande à mesure qu'elle s’approchait et enfin elle se hissa au premier étage. Devant elle, l’immense gardienne de fer se tenait droite comme si elle protégeait toujours un roi tout aussi majestueux qu’elle. La fée s’approcha et colla son oreille à la lourde porte. Aucun son ne lui parvint. Elle poussa un soupir et se mit à chercher d’autres portes à l’étage. Un couloir qui s'enfonçait vers la gauche de la grande salle fut son premier choix de direction. Toutes les portes étaient fermées sur la route et la fatigue commençait à se faire sentir. Elle déboucha de nouveau devant la porte en fer après avoir fait tout le tour de l’étage. Les escaliers qui menaient au deuxième étage lui semblèrent aussi hauts et tortueux qu'une montagne. La dure ascension reprit.
Cependant les marches devenaient de plus en plus hautes et elle se rendit vite compte que sa technique utilisant la dague n’allait plus fonctionner bien longtemps. Et bientôt, l'une des marches fut si haute que ses bras ne purent récupérer la lame. Elle redescendit donc d’un cran et se remit à réfléchir. Après quelques minutes d’intenses réflexions une nouvelle idée lui vint. La fée arracha un de ses longs cheveux et l’accrocha à la poignée de la dague. Puis elle monta dessus, grimpa sur la marche suivante, le cheveu toujours dans sa main et arrivée en haut, tira dessus pour faire remonter la lame. « Pour une fois qu’il y a une utilité à la solidité de mes cheveux » pensa-t-elle en se rappelant les nombreux peignes qui s'étaient brisés sous ses assauts répétés pour se coiffer. La pauvre fillette aux ailes blessées put ainsi reprendre et terminer son ascension.

Elle se hissa enfin au deuxième étage en soufflant et maugréant. Les escaliers continuaient de monter de chaque côté et une grande porte rouge se trouvait en face d’elle. Alors qu'elle avançait droit devant, un tintement la fit sursauter. Un lustre s’agitait aussi à cet étage-ci, loin au-dessus de sa tête. La porte se rapprocha petit à petit, au rythme de ses pas fatigués. Une vibration sembla emplir l’air alors que sa main frôla le bois et soudain ce fut comme si une onde la traversait et se propageait dans toute la pièce. La porte s’ouvrit et un nouvel escalier apparut. Il était taillé directement dans la pierre mais décoré avec soin et des bougies étaient posées toutes les trois marches. Après que l’onde se fut répercutée sur le mur opposé, elle revint et alluma toutes les bougies sur son passage, illuminant ainsi le chemin qui montait vers la tour du savoir. Lentement la fée s’avança, les yeux écarquillés devant un tel spectacle. Elle monta la première marche et s’installa près de la bougie pour réchauffer ses ailes. Après un quart d’heure, les fines membranes s'agitaient gracieusement prêtes à la faire décoller. Elle fit quelques looping pour se dégourdir et pour montrer son contentement avant de filer comme une flèche vers les étages supérieurs.
L’escalier était immense et l'ascension semblait sans fin. Lorsqu’elle arriva en haut, une fenêtre attira son attention. La nuit était tombée au dehors mais comme c’était la pleine Lune le paysage se dessinait assez clairement. Devant la fillette, la ville avait un air lugubre sous cette lumière faiblarde. Au loin la plaine s’étendait alors qu’à l’est une montagne se dressait fièrement et qu’au sud la Lune se reflétait sur le lac. Bien plus loin vers l’ouest le désert était caché sous une étrange brume. Une tempête de sable faisait sûrement rage sur les dunes. Le décor la rendit un peu triste, surtout la plaine vide qui rougeoyait sous les rayons de la Lune, elle qui avant était si remplie de vie et dont le ranch était connu de par le monde. L’établissement avait été totalement détruit et seules quelques pierres qui étaient anciennement les grands murs de l’étable restaient présentes, enfouies en partie sous les herbes rouges. La fée détacha son regard de ce triste paysage et se retourna pour faire face à l’arche d’entrée de la bibliothèque de la connaissance. Il ne lui restait plus qu’à trouver le livre dont parlait la lettre du soldat et de se servir de son contenu à bon escient malgré le fait qu’elle n’ait aucune idée de ce qu’il pouvait renfermer.

Mardi 10 août 2010 à 22:33

Chapitre 4 : Le message

Lorsque la fée toucha le mur à nouveau, un étrange picotement lui traversa le corps puis une voix s’éleva dans sa tête :
« Toi qui a le cœur pur,
Toi dont les desseins sont empreints de gentillesse,
Toi qui a su trouver ces murs,
Toi dont le destin changera celui de cette forteresse,
Fais maintenant ton choix
La fuite ou aller de l’avant
Mais quel qu’il soit
Fais-le maintenant »
La fée resta un instant arrêtée par l’étrangeté de ce phénomène puis avança vers le mur. A peine avait-elle fait un mouvement qu’une lumière l’aveugla et dans un nuage brumeux, le palais apparut à ses yeux.
« Tu es seule à voir ce château…
L’espoir arrive de nouveau » dit encore la voix qui se faisait lointaine.
La fée leva les yeux sur l’édifice qui lui faisait face. Il était fait de pierres grises et s’élevait sur une vingtaine de mètres. Son toit rouge brillait sous le Soleil couchant. Des tours ornaient les quatre coins du domaine et le donjon trônait à leur centre, rehaussé par une tour, la tour du savoir. Les ailes de la créature battirent frénétiquement alors qu’elle l’apercevait. Elle reprit son vol vers la porte centrale qui était entrouverte. Elle se glissa par l’entrebâillure et commença sa visite. Elle passa d’abord à la tour de garde la plus proche pour voir s’il restait quelqu’un ou s’il y avait un indice quelconque qui lui indiquerait ce qu’il s’était passé. Le sol de la première tour était jonché de bois de lances brisées, d’éclat de fer et de meubles. Il n’y avait aucune trace de vie et seul le vent faisait bouger les quelques tentures représentant des scènes de guerre qui ornaient les murs. Elle ressortit et se dirigea vers la tour suivante mais le même spectacle navrant l’y attendait. Il semblait que les soldats s’étaient battus hardiment contre un envahisseur mais étrangement aucune trace de sang n’était visible.

Elle poursuivit son déplacement vers les deux autres tours alors que le Soleil couchant agrandissait les ombres dans la cour du château. La troisième tour fut sans surprise dans le même état que les deux autres mais la quatrième était bien différente. Elle était restée propre et rangée, les lances étaient encore disposées sur leur support en bois, à côté des épées. La fée s’envola vers le deuxième étage, intriguée par l’ambiance qui planait en ce lieu. En haut du premier escalier, une salle d’entraînement était encore habitée par une odeur de transpiration et l’on pouvait croire qu’en tendant l’oreille on entendrait le bruit des lames qui se heurtent, le son des arcs qui se tendent et des flèches qui transpercent l’air avant de toucher leur cible. Les lumières de la salle étaient éteintes et pourtant une lumière bleutée semblait en provenir. La fée s’approcha et découvrit qu’une étrange lame aux reflets bleus était posée sur une table. S’approchant doucement elle la regarda de plus près et une envie irrésistible de la toucher la prit. Elle avança sa main vers la poignée. Une sensation de gel emplit ses doigts et lorsqu’elle voulut les retirer, elle se rendit compte que la lame était aussi légère qu’une plume malgré sa grande taille. Elle fit quelques mouvements avec puis recommença son observation. Le poignard qu’elle tenait avait une lame courbe et d’étranges signes étaient inscrits sur le manche en argent. Plus elle les regardait et plus elle avait l’impression que les caractères rétrécissaient. Quand elle recula enfin son visage du pommeau, elle se rendit compte que la dague était maintenant à sa taille. C’était une arme vraiment étrange, sans doute envoutée par un sort très puissant. Elle l’agita de nouveau puis chercha un moyen de la transporter facilement quand elle réalisa qu’il n’y avait sûrement pas de fourreau à la taille des fées. Alors qu’elle ruminait ces pensées, elle sentit un poids autour de sa taille et vit très vite qu’une ceinture bleue ornée d’un fourreau avait fait son apparition. Elle y rangea donc la dague tout en se demandant si c’était réellement une bonne idée d’emporter un tel objet. Elle quitta ensuite la salle d’entraînement et finit de monter les escaliers pour atteindre l’étage dortoir. Il n’y avait rien de très intéressant ici. Comme tout le reste de la tour, tout était ordonné comme si les soldats allaient revenir d’un instant à l’autre avec leurs lourdes cottes de mailles. Elle allait donc quitter la pièce lorsque quelque chose attira son attention. Il y avait un bureau dans un coin de la pièce et de son tiroir s’échappait un bout de papier froissé. La fée s’approcha et tira dessus pour le récupérer, alliant son geste à la délicatesse nécessaire pour ne pas le déchirer. Lorsqu’elle l’eut récupéré, elle le déposa avec difficulté sur le bureau et se mit à le lire.
« Je m’appelle Georg Méto,
Aujourd’hui est sûrement le dernier jour de ma vie. Le château a été attaqué hier par l’armée du conseiller du roi qui nous a trahis. Il a une telle connaissance de l’architecture de notre forteresse que je doute qu’elle résiste à ses assauts bien longtemps. D’après ce que notre bien aimé Roi nous a dit, il a également de grands pouvoirs qu’il a obtenu après avoir éliminé des sorciers de tout le royaume.
Je laisse ce message qui j’espère restera intact pour qu’un jour peut-être on puisse sauver notre monde des ténèbres de la perdition. Que celui qui trouve ce message aille voir le verset 7 du livre de la Légende, le livre… »
Le reste du message avait disparu, comme si quelqu’un en avait retiré l’encre. La fée relut le message puis regarda par une meurtrière de la salle pour apercevoir la Tour du savoir. C’était donc sa prochaine destination. Elle s’envola par la fenêtre alors que l’obscurité recouvrait maintenant la bâtisse.

Mardi 10 août 2010 à 22:29

Chapitre 3 : Le Bourg d'Hyrule

Après avoir compris la difficulté de sa situation, la petite fée s’installa sur le dos de son compagnon et se mit à réfléchir à ce qu’elle devait faire.
« Mmmmh… Je suis sur la plaine d’Hyrule apparemment. La guerre a bien eu lieu alors… » Elle ferma les yeux et demeura immobile.
« Comment savoir ce qu’il s’est passé exactement… Il faudrait que je trouve des êtres vivants mais apparemment ça ne court pas les rues. »
Elle ouvrit les yeux. Une idée venait de lui traverser l’esprit.
« La tour du savoir » cria-t-elle si fort que le cheval hennit bruyamment sensible à l’agitation soudaine. « Il faut que je m’y rende, je trouverais certainement des réponses à mes questions sur place ! »
C’est ainsi qu’elle s’élança dans les airs et se mit à voler frénétiquement au-dessus de la plaine, en direction d’un mur de pierres visible au loin. Un hennissement retentit et le cheval se lança à sa suite, galopant à ses côtés, les crins soulevés par le vent, les sabots frappant le sol qui semblait résonner dans cette étendue vide. Ils avancèrent de concert jusqu’à une petite colline qui leur cachait encore la vue du bourg car c’était bien vers le Bourg d’Hyrule qu’ils se rendaient. Une ville, siège de la communauté hylienne, lieu de vie, de commerce et de passage où des individus de tous les peuples d’Hyrule se croisaient dans une grande harmonie, rendant cette cité unique. Surplombant ce lieu, se trouvait le palais royal où trônaient le roi et sa fille avant ce temps de guerre. Au centre de ce majestueux château était la tour du savoir, bibliothèque immense aux milliers d’ouvrages relatant tous les faits marquant de l’histoire d’Hyrule, toutes les connaissances en matière de sciences, d’armement, de stratégie ou encore de littérature.

Impatiente et ravivée par ce but si proche, la fée s’élança vers le haut de la colline et s’arrêta net. Devant elle, le mur qui de loin lui semblait droit et fort était en fait une ruine recouverte de mousse et lierre. Une chaîne pendait péniblement à un pan de mur, là où auparavant un solide pont levis était accroché, permettant de protéger la ville des monstres la nuit et de créer un passage franchissable le jour pour les centaines de marchands et touristes qui y venaient. Plus loin, des carcasses de maisons jonchaient le sol. Et là haut, sur la colline abritant le château rien que le vide et la terre noire, comme si tout avait été rasé par une énorme explosion. Des larmes coulaient sur les joues de la petite créature, son dernier espoir venait de s’envoler. Comme une âme en peine, elle se laissa porter par ses ailes au milieu des décombres. Elle apercevait ici une enseigne de forgeron dont le métal avait été déformé par la chaleur des flammes, là une tombe érigée pour l’un des nombreux morts. S’il y avait une sépulture, c’est bien qu’il y avait eu des survivants mais ils avaient sûrement fuit ce lieu de dévastation ou étaient morts loin de chez eux. Elle se posa au sol devant ce qui restait du lieu de recueillement et de magie qu’était le temple du temps puis entra à l’intérieur par le côté puisque le seul mur encore debout était celui de l’entrée. Elle ne comprenait pas comment un lieu aussi protégé magiquement et physiquement avait pu ainsi être réduit en ruines. La créature ailée se rendit presque habituellement dans une pièce anciennement cachée où l’épée du Héros reposait sur son socle avant l’incident. Une poussière noire et collante recouvrait tout dans cette salle. De sa main, elle frotta doucement le piédestal ce qui fit apparaître les trois triangles d’or, le signe de la Triforce, une ancienne relique datant de la création du monde, témoignage du passage des divinités sur terre. Elle continua de survoler l’endroit en cherchant une quelconque trace de l’épée mais elle avait tout bonnement disparu. La fée reprit alors son avancée et se dirigea vers le château. Sur sa route une seule chose attira son regard fut un petit saule encore verdoyant qui poussait dans les décombres d'une maison, non loin d'un puits.

En arrivant en haut du chemin menant au palais, elle s'interrogea. Quel sort et quelle puissance avait-il fallu pour détruire un château entier lui aussi protégé par la magie et même plus ?! Il était l’écrin de la famille royale et d’une détentrice d’un bout de la Triforce, le pouvoir de la sagesse ! Un pouvoir gigantesque, colossal ! Pour contrer ce pouvoir il aurait fallu que l’ennemi possède lui aussi un pouvoir similaire. Mais alors, cela voulait dire que tout était vrai. La quête épique, le Héros du Temps… Le jeune garçon qu’elle avait aidé… Alors il avait échoué et c’était sûrement pour ça que le monde était plongé dans de telles ténèbres…
Alors qu’elle se remémorait ses aventures avec le jeune homme, elle avança de quelques tirs d’aile sur la terre noire et... s’écrasa. Elle venait de heurter quelque chose de plein fouet, mais elle avait beau plisser les yeux, elle ne voyait rien. Elle se dirigea de nouveau vers le point d’impact mais plus doucement et encore une fois rencontra un obstacle. Elle avança une main tremblante devant elle et sentit la pierre froide, lisse puis une rainure et de nouveau la roche. C’était un mur… non c’était un palais invisible !

<< Page précédente | 1 | 2 | 3 | Page suivante >>

Créer un podcast